COMMUNAUTÉ · C43
Aristote — Vivre ensemble
- Communauté
- Épique
- Aristote
« L’homme est naturellement un animal politique. »
À propos de la formulation. Traduction française du passage grec de la Politique, I, 2, 1253a, sur l’être humain comme animal politique par nature. La formulation de la carte n’est pas attribuée à un traducteur identifié. Barthélemy-Saint-Hilaire, dans l’édition de 1874 consultée, rend ce passage par « naturellement l’homme est un être sociable » ; sa division en chapitres diffère de la référence usuelle.
Lire l’analyse
01Une vie qui prend forme dans la cité
Le mot politique peut nous faire penser aux partis, aux élections ou aux débats télévisés. Chez Aristote, il renvoie ici à la polis, la cité. L’expression animal politique pose donc une question plus ample : quel genre de communauté permet à la vie humaine d’accomplir ses possibilités ?
Cette question dépasse le plaisir d’avoir de la compagnie. Il est possible de partager un espace sans décider ensemble de ce qui y est juste. La formule invite à considérer une vie organisée par des pratiques, des règles et une parole sur le bien commun.
02Analyse : de la parole à la communauté politique
Discuter de ce qui vaut pour plusieurs
Dans le passage qui suit la formule, Aristote distingue la voix, qui signale le plaisir et la douleur, du logos, qui permet notamment de manifester l’utile, le nuisible, le juste et l’injuste. La communauté politique prend appui sur cette dimension partagée du jugement. Elle ne se laisse donc pas décrire comme une simple foule.
Une nature pensée à partir d’un accomplissement
Le terme naturellement ne signifie pas ici que chaque habitude sociale serait bonne. Aristote raisonne sur la fin, l’accomplissement d’un être et des communautés dont la cité constitue l’aboutissement. Cette manière de comprendre la nature appartient à son cadre philosophique ; elle ne se confond pas avec une enquête contemporaine sur les comportements humains.
Une lecture actuelle doit annoncer son déplacement
Dans une discussion d’aujourd’hui, rendre les raisons d’un choix examinables permet de dépasser l’affrontement des préférences. Le rapprochement avec le bon sens de Descartes porte sur ce travail du jugement ; il ne suppose aucune identité entre leurs philosophies. La question devient : quelle raison peut-on donner à ceux qui devront vivre avec la décision ?
Rousseau posera autrement le problème du lien politique en examinant les conditions d’un engagement réciproque. Ce contraste aide à préserver la singularité d’Aristote : la cité pensée comme un accomplissement naturel et l’association soumise à un principe de légitimité ne sont pas deux formulations équivalentes.
03La Politique, I, 2 : un passage à situer
Le grec de la Politique, au début de 1253a, contient l’expression ὁ ἄνθρωπος φύσει πολιτικὸν ζῷον. Le fichier de l’édition grecque diffusé par Perseus permet de retrouver le passage sous ce repère. La traduction française ancienne consultée emploie « être sociable » ; cette variation rend nécessaire de conserver le contexte du logos et de la cité.
Le livre I comporte aussi une défense de l’esclavage dit naturel et une organisation hiérarchique de la famille. Ces positions historiques empêchent de transformer la formule en déclaration moderne d’égalité universelle. Lire Aristote peut ouvrir une interrogation sur la vie commune tout en maintenant une distance critique envers ces exclusions.
04Aristote, observer et distinguer les formes de vie
Philosophe grec du IVe siècle avant notre ère, Aristote étudie auprès de Platon puis fonde le Lycée à Athènes. La biographie d’Aristote dans Larousse (s’ouvre dans un nouvel onglet) présente son parcours et les principaux domaines de sa pensée.
L’ampleur de son œuvre ne doit pas effacer la précision du passage. Il s’agit ici d’une réflexion sur la cité et les conditions d’une vie humaine accomplie. La fraternité de King répond à une autre histoire et à une autre visée ; le titre commun Vivre ensemble ne les rend pas interchangeables.
05Un exemple concret
Situation fictive et application contemporaine, distincte du modèle de cité antique.
Une salle municipale accueille une chorale, un atelier de couture et un groupe de soutien scolaire. Chacun demande le meilleur créneau. Lors de la première réunion, les porte-parole énumèrent leurs effectifs et répètent que leur activité est prioritaire.
Une participante propose de rendre visibles les contraintes : le soutien scolaire dépend des horaires de classe, plusieurs choristes viennent de loin, l’atelier peut déplacer certaines séances. Le groupe examine aussi ceux qui ne parlent pas pendant la réunion et prévoit une manière de recueillir leurs besoins.
Il ne découvre pas une règle parfaite. Il formule un principe de répartition, explique les exceptions et fixe une date de révision. L’intérêt de l’exemple tient au passage d’une juxtaposition de demandes à un examen de ce qui pourra valoir pour plusieurs. Les conditions démocratiques de cette scène nous appartiennent ; elles ne sont pas prêtées à Aristote.
06L’enseignement à retenir
Une vie commune demande des mots pour examiner ce que l’on fait ensemble. On peut s’exercer à distinguer une préférence, une contrainte et une raison de justice, puis à demander qui peut participer à cet examen.
La lecture d’Aristote reste féconde lorsqu’elle laisse cette question ouverte et historiquement située. Elle engage à penser la communauté au-delà de la proximité physique, tout en interrogeant les limites de la communauté que l’auteur lui-même envisageait.
07Source et références
- Wikisource — Aristote, Politique, livre I, texte grec original
- Wikisource — Aristote, Politique, livre I, texte grec original (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Texte grec consultable en ligne, contenant le passage 1253a sur la nature politique de l'être humain et la vie en communauté.
- Aristote : La Politique, traduction Barthélemy-Saint-Hilaire
- Aristote : La Politique, traduction Barthélemy-Saint-Hilaire (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Édition Ladrange, 1874, livre I, chapitre premier, § 9 et suivants pour le passage ; chapitre II pour l’esclavage. Numérotation différente de I, 2 dans les divisions usuelles.
08Questions fréquentes sur cette pensée
Animal politique signifie-t-il que chacun aime la politique ?
Non. Le terme renvoie à la polis et au type de vie commune qu’Aristote étudie. Il ne décrit pas un goût individuel pour les partis ou les élections.
Où trouve-t-on la formule grecque ?
Dans la Politique, I, 2, au début de 1253a. La traduction ancienne de Barthélemy-Saint-Hilaire emploie une autre division des chapitres et le terme être sociable.
Aristote défend-il ici l’égalité de tous les êtres humains ?
Le livre I conserve des hiérarchies et défend l’esclavage dit naturel. On ne peut donc pas lui attribuer à partir de cette phrase une conception moderne de l’égalité universelle.









