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SAGESSE · C04

Que sais-je ?

« Que sais-je ? »

Montaigne

À propos de la formulation. La formule est attestée dans les Essais, II, 12, sous la graphie « Que sçay-je ? ». La carte en conserve la forme avec une orthographe modernisée.

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« Que sais-je ? » — Montaigne : apprendre à douter de ses certitudes.
C04 · Sagesse · Rare

Confort de lecture

01Ce que dit la pensée

Trois mots suffisent à interrompre une certitude trop rapide. « Que sais-je ? » demande de regarder la solidité de ce que l’on affirme : sur quoi repose mon avis, et qu’est-ce qui m’échappe encore ?

La question ne dit pas que toute connaissance serait impossible. Elle laisse ouverte une enquête que l’assurance aurait pu refermer. On peut posséder des informations exactes et mal comprendre leur portée ; on peut aussi prendre une impression familière pour une preuve.

Le point d’interrogation compte autant que les mots. Il maintient celui qui parle dans une recherche, au lieu de lui permettre de se reposer dans une déclaration définitive sur son ignorance.

02Analyse : garder son jugement en mouvement

L’assurance n’est pas une preuve

Un récit clair peut nous convaincre avant même que nous ayons examiné ses appuis. Une expérience personnelle peut nous sembler valoir pour tous. La question de Montaigne déplace alors notre attention de la force de notre conviction vers les raisons qui la soutiennent.

Elle peut conduire à préciser : je connais ce cas, mais pas les autres ; j’ai lu un témoignage, mais pas les pièces ; je me souviens d’un résultat, mais pas de la méthode. Ces distinctions ne diminuent pas le savoir disponible. Elles lui donnent des limites plus justes.

Le doute a besoin d’un objet

Douter de tout d’une seule voix rend difficile de chercher quoi que ce soit. Dans un usage pratique de la devise, mieux vaut identifier le point incertain. Est-ce une date, une relation de cause à effet, une intention prêtée à quelqu’un ? Une question précise rend possible une vérification précise.

Une balance plutôt qu’un verdict

Peser des raisons demande de supporter un moment d’inconfort : plusieurs explications peuvent rester possibles. On n’est pas obligé de les déclarer équivalentes. On peut reconnaître que certaines sont mieux étayées tout en gardant une réserve sur la conclusion.

Décider sans prétendre tout savoir

La vie ne nous laisse pas toujours le temps d’épuiser une enquête. Il est alors possible d’agir en disant sur quelles informations on s’appuie et ce qui pourrait faire changer de décision. La modestie intellectuelle devient une manière de rester responsable de son jugement, y compris après avoir choisi.

03Contexte historique et philosophique

La formule se trouve dans l’Apologie de Raimond Sebond, livre II, chapitre 12 des Essais. Montaigne y examine notamment la difficulté des philosophes pyrrhoniens à exprimer leur position dans un langage construit pour affirmer.

Dire que l’on doute semble encore affirmer quelque chose. Montaigne préfère alors la forme interrogative et associe sa question à la devise d’une balance. Ce voisinage explique pourquoi « Que sais-je ? » est plus qu’un aveu occasionnel de manque d’information.

Le chapitre appartient à la Renaissance et comporte des enjeux religieux autant que philosophiques. La méthode de vérification proposée dans cette page en est une application contemporaine ; elle ne prétend pas résumer toute l’argumentation de l’Apologie.

04L’auteur : Montaigne

  • NomMichel de Montaigne
  • ÉpoqueRenaissance française
  • ŒuvreEssais
  • PassageLivre II, chapitre 12

Montaigne (s’ouvre dans un nouvel onglet) fait ici de l’examen du jugement une matière d’écriture. La présence du « je » ne donne pas une autorité incontestable à sa parole : elle permet au contraire d’interroger celui qui avance une idée. Sa question peut ainsi accompagner une lecture attentive de ses propres arguments comme de ceux des autres.

05Un exemple concret

Situation fictive proposée pour éclairer la pensée.

Dans une conversation familiale, Gabriel reçoit une photographie présentée comme celle d’un événement récent. Elle confirme ce qu’il pensait déjà ; il est sur le point de la transmettre.

Il s’arrête sur une question : que sait-il de cette image ? Il voit une scène, mais n’en connaît ni la date ni le lieu. Il cherche la publication d’origine et découvre la même photographie dans un article plus ancien, consacré à un autre événement.

Son avis sur le sujet général n’est pas réglé par cette découverte. Une preuve particulière, en revanche, a perdu la fonction qu’il lui attribuait. Gabriel répond en indiquant l’origine retrouvée. Le doute a servi à corriger une affirmation précise, sans transformer toute discussion en soupçon permanent.

06L’enseignement à retenir

À retenir

Une conviction gagne en valeur lorsque vous savez dire sur quoi elle repose.

  • Formuler le point précis qui reste incertain.
  • Séparer ce qui est établi de ce qui est supposé.
  • Comparer les raisons sans les déclarer d’avance équivalentes.
  • Rester capable de réviser une décision quand les éléments changent.

07Source et références

Citation de la carte
« Que sais-je ? » — Montaigne.
Passage authentifié
Montaigne, Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond » (s’ouvre dans un nouvel onglet) : formule « Que sçay-je ? » et mention de la balance, transcription sur Wikisource.
Nature de la formulation
Orthographe modernisée ; aucune traduction d’une langue étrangère. La référence par livre et chapitre évite une pagination variable selon les éditions.
Lecture proposée
Les développements sur la vérification et la situation de Gabriel sont originaux.

08Questions fréquentes sur cette pensée

Où Montaigne écrit-il « Que sais-je ? » ?

Dans les Essais, livre II, chapitre 12, l’Apologie de Raimond Sebond. La graphie du texte consulté est « Que sçay-je ? » ; le catalogue emploie l’orthographe actuelle.

Pourquoi la devise est-elle liée à une balance ?

Montaigne lui-même associe la question à la devise d’une balance. L’image convient à une pensée qui examine et pèse au lieu de tenir trop vite une conclusion pour définitive.

Le doute de Montaigne signifie-t-il que tous les avis se valent ?

La question invite à examiner les raisons d’un avis. Dans l’usage proposé ici, elle aide justement à distinguer une affirmation étayée d’une affirmation sans appui ; elle ne leur donne pas la même valeur.

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