SAGESSE · C32
La Mémoire vivante
- Sagesse
- Légendaire
- Amadou Hampâté Bâ
« En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
À propos de la formulation. Formule popularisée attribuée à Amadou Hampâté Bâ. La version de la carte est reprise sous des variantes par l’UNESCO ; elle n’est pas donnée ici comme les mots exacts d’un discours de 1960. Les récits liés à 1962 et la transmission d’un entretien associé à 1972 ne suffisent pas à dater sa première formulation.
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01Ce que dit la pensée
Un livre perdu peut parfois être retrouvé ailleurs. Un récit connu d’une seule personne, un geste qu’elle seule sait expliquer ou une langue qu’elle seule transmet encore peuvent disparaître avec elle. La bibliothèque de cette pensée est une personne dépositaire d’un savoir vivant.
« En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » L’image rend sensible une perte que l’on mesure mal : ce qui disparaît n’est pas seulement une quantité de souvenirs, mais une manière de relier des événements, des paroles et des pratiques.
Elle invite à agir pendant que la rencontre est possible. La mémoire se transmet par l’écoute, les questions et la pratique partagée, avant de pouvoir devenir un document conservé.
02Analyse : ce qu’une personne transmet
Un savoir qui a besoin d’une voix
Une recette peut énumérer des ingrédients sans transmettre le geste qui permet de reconnaître la bonne texture. Un récit peut conserver des faits sans rendre les intonations ou les circonstances dans lesquelles on le raconte. Certaines connaissances existent dans une manière de faire et de dire autant que dans une suite d’informations.
La bibliothèque n’est pas un stock immobile
La personne qui transmet choisit, explique, répond et corrige. Son savoir n’est pas posé sur une étagère intérieure : il se manifeste dans un échange. L’enregistrer peut préserver une trace précieuse, mais la trace ne remplace pas automatiquement la relation qui lui donnait sens.
Écouter sans idéaliser
Reconnaître la valeur d’une mémoire ne demande pas de tenir chaque souvenir pour infaillible. Les récits peuvent varier, se contredire ou porter la marque d’une position particulière. Les comparer et préciser qui parle enrichit le travail de transmission au lieu de lui manquer de respect.
L’âge ne suffit pas non plus à faire de chacun le dépositaire de toute une culture. La métaphore met en lumière une responsabilité collective : reconnaître les personnes qui portent des savoirs, dans la diversité de leurs expériences, et leur donner les moyens de les partager.
Sauvegarder avec les personnes concernées
Une collecte attentive demande du temps et un accord clair sur ce qui sera conservé ou diffusé. Tout récit n’est pas destiné à tous les publics. Une mémoire ne devient pas disponible sans conditions parce qu’elle présente un intérêt culturel. La transmission reste une relation, avec des attentes et des limites à respecter.
03Contexte historique et culturel
L’attribution à Hampâté Bâ est solidement documentée dans la réception institutionnelle de l’image ; sa formulation mot à mot et son origine chronologique sont moins assurées. Le récit de l’intervention de 1960 (s’ouvre dans un nouvel onglet) rapporte une autre expression, tandis qu’un historique de l’UNESCO publié en 2016 associe un premier emploi de la métaphore à 1962 et à la Nubie. La transcription disponible d’un questionnaire associé à 1972 place l’image dans la question du journaliste, puis donne la réponse de Hampâté Bâ sur la transmission. Enfin, la notice de l’entretien UNESCO du 16 juillet 1974 présente la formule comme devenue légendaire. Cette notice ne prouve pas qu’elle soit prononcée dans cet entretien. Ces témoins éclairent une transmission, sans établir ici une première occurrence certaine.
04L’auteur : Amadou Hampâté Bâ
Son œuvre et son travail d’archives (s’ouvre dans un nouvel onglet) relient la littérature, l’histoire et la transmission culturelle. L’image de la bibliothèque personnelle est devenue indissociable de son nom ; la lire attentivement suppose de retrouver le travail de sauvegarde auquel elle donne une force sensible.
05Un exemple concret
Situation fictive proposée pour éclairer la pensée.
Une petite-fille souhaite conserver les souvenirs de sa grand-mère, ancienne couturière. Elle prépare d’abord des questions sur les dates et les lieux. Au cours de leur conversation, elle découvre que les récits prennent un autre relief lorsqu’elles réparent ensemble une veste.
La grand-mère explique comment sentir la tension du fil, pourquoi elle choisit une reprise plutôt qu’une autre et quels mots son atelier employait. Avec son accord, la petite-fille enregistre certaines explications et note ce que sa grand-mère préfère garder dans le cercle familial.
Le document final ne contient pas toute une vie. Il conserve quelques gestes situés, une voix et des conditions d’usage. La transmission a commencé par une activité commune, puis l’archive en a gardé une trace.
06L’enseignement à retenir
Une mémoire se protège en créant dès maintenant les conditions de sa transmission.
- Écouter les personnes qui portent un savoir particulier.
- Situer les récits et comparer les témoignages.
- Apprendre les gestes autant que recueillir les mots.
- Convenir ensemble de ce qui peut être conservé et partagé.
07Source et références
- Citation de la carte
- « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » — Amadou Hampâté Bâ ; formule couramment attribuée.
- UNESCO, Considérations sur le Sacré — Amadou Hampâté Bâ
- UNESCO, Considérations sur le Sacré — Amadou Hampâté Bâ (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Notice de l’entretien du 16 juillet 1974 ; distingue la formule devenue légendaire d’un autre propos rapporté. Notice lue, enregistrement non écouté.
- UNESCO Mémoire du monde, Amadou Hampâté Bâ : gardien du patrimoine africain
- UNESCO Mémoire du monde, Amadou Hampâté Bâ : gardien du patrimoine africain (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Réception institutionnelle moderne de la formule attribuée ; ne fixe pas sa première occurrence.
- UNESCO, historique du Conseil exécutif, 2016
- UNESCO, historique du Conseil exécutif, 2016 (s’ouvre dans un nouvel onglet) — P. 58 de la partie française (page physique 143) ; récit rétrospectif lié à 1962 et à la Nubie, pas procès-verbal contemporain.
- Aspects de la civilisation africaine : questionnaire transmis par webPulaaku
- Aspects de la civilisation africaine : questionnaire transmis par webPulaaku (s’ouvre dans un nouvel onglet) — Questionnaire attribué à Sylla Yoro pour Fraternité-Matin, associé à 1972. La métaphore figure dans la question du journaliste ; original imprimé non collationné. Ce texte ne prouve pas une citation littérale de Hampâté Bâ.
- Distinction entre formule et discours
- Abdourahman A. Waberi, « Une leçon d’humanité », UNESCO, 2018 (s’ouvre dans un nouvel onglet) : précision sur les mots rapportés pour le 1er décembre 1960.
- Archive de référence
- INA, Discours de Hamadou HAMPATE BA à la commission Afrique de l’UNESCO (s’ouvre dans un nouvel onglet), 1er décembre 1960. Notice documentaire consultée ; audio non écouté pour cette fiche.
- Lecture proposée
- Analyse de la transmission et exemple familial rédigés par Agora des Mots.
08Questions fréquentes sur cette pensée
La phrase sur la bibliothèque est-elle un verbatim du discours de 1960 ?
Ce dossier ne l’établit pas. Le propos rapporté pour 1960 diffère ; le récit de 1962 est rétrospectif ; dans la transcription du questionnaire associé à 1972, la métaphore est formulée par l’intervieweur. Ces éléments restent distincts.
Pourquoi comparer une personne à une bibliothèque ?
La métaphore souligne qu’une personne peut porter des récits, des gestes et des connaissances qui ne sont pas entièrement conservés ailleurs. Sa disparition peut interrompre leur transmission.
Enregistrer un témoignage suffit-il à sauver un savoir ?
Un enregistrement garde une trace, mais certains savoirs demandent aussi des explications et une pratique partagée. Le contexte, l’accord de la personne et les conditions de diffusion font partie d’une collecte attentive.





